Le débat sur l'identité nationale l'a confirmé : la Marseillaise ne nous rassemble plus !
De très nombreux français ont demandé le changement de ses paroles, pendant que d'autres, sans doute encore plus nombreux, sont contre toute modification du texte.
Pour ces derniers, la Marseillaise est un chant sacré, autant que la Bible ou le Coran pour un croyant. Elle évoque la naissance de la République, des combats acharnés pour
défendre ses valeurs, et rappelle nos ainés, qui sont morts avec parfois cet hymne aux lèvres.
C'est l’hymne national le plus célèbre au monde, symbole universel de liberté, entonné contre la tyrannie en Russie, à Prague, Santiago, Tien An
men…
Pour eux, ces paroles ne peuvent disparaître tant que la France existe, et il faudrait simplement mieux expliquer l'hymne, et le faire chanter régulièrement à l'école, contre l'avis de syndicats enseignants.
Pourtant, à l'image des députés
interrogés sur Canal +, moins d'un français sur quatre est capable de réciter le premier couplet et le refrain, malgré de multiples réformes. Trois sur cinq semblent même ne pas comprendre le
texte, ne trouvant pas violent ce qui est pour Gainsbourg la chanson « la plus sanglante de toute l'histoire » (sondage CSA juin 2005).
Chez jeunes ou adultes, le vers "qu'un sang impur..." fait d'ailleurs l'objet des interprétations les plus folkloriques : quinze cents impurs, sang des français
qui se sacrifient, sang des sportifs, sang qui pollue la terre...
Alors qu'un ancien président de la République trouve les paroles « ridicules »,
beaucoup de français refusent de les chanter ou qu'on les apprenne à leurs enfants.
Quand un élève de collège apprend la révolution française, il est en effet souvent saisi d'effroi par la violence des révolutionnaires, qui s'assassinent les uns après les autres, au nom des idéaux de notre République. Ainsi St Just qui lance à l'Assemblée son fameux "Une nation ne se régénère que sur des monceaux de cadavres".
La Marseillaise fait écho à cette époque terrible, et elle a pour ce jeune deux interprétations possibles.
Soit il admet que le message universel de la révolution devait, face à ses ennemis, s'encombrer de ces excès : alors la Marseillaise est bien pour lui le chant rassembleur d'un peuple en lutte pour sa liberté.
Soit cette histoire lui évoque d'autres situations où, selon lui, la France a aussi délaissé ses idéaux proclamés, et parfois avec violence. Dans ce cas, c'est cette image de la France que la Marseillaise évoquera pour lui, et alors que ce jeune attendait de son hymne national des mots qui lui auraient donné envie d'être français, celui-ci ne provoque en lui aucune adhésion à la nation, et parfois même à l'inverse entraine chez lui du dégoût pour tant de violence, et un rejet de son pays et de toute action politique.
C'est pourquoi, après l'Afrique du Sud, l'Allemagne, la Belgique, l'Égypte, la Russie... avec le soutien des personnalités les plus
connues*, de nombreux français demandent pour notre hymne national de nouvelles paroles, où puissent se lire les idéaux universalistes qui sont au fondement de notre
République.
Ainsi
l'abbé Pierre : "L'hymne national,
c'est l'âme d'un peuple. Parce que nous aimons la France, nous ambitionnons pour elle un message qui s'harmonise avec son idéal de liberté, d'égalité et de
fraternité."
Entre ces deux camps aux avis si tranchés, une seule chose est sûre : l'unité du pays ne
se fera pas par la victoire d'un camp contre l'autre.
Non qu'il faille supprimer les paroles, car qu'y a-t-il de plus fort pour donner un sentiment d'appartenance à un groupe qu'un hymne chanté tous ensemble, avec une musique entrainante et des
paroles fédératrices ?
Or ces deux positions ne sont inconciliables qu'en apparence.
Si le besoin des premiers est de ne pas toucher aux paroles actuelles, alors n'y touchons pas !
Si l'objectif des seconds est d'avoir dans notre hymne national de nouvelles paroles, choisissons-en et inscrivons-les dans notre hymne !
Il ne s'agit donc pas de réécrire l'histoire, mais d'y ajouter, même pas quelques
pages, mais quelques lignes : un processus bien naturel en somme !
Car la Marseillaise, qui comprenait 14 couplets, a dans l'histoire déjà subi plusieurs modifications. Nous pouvons donc à la fois conserver le texte actuel et le compléter – comme en 1792 avec l'ajout du couplet des « enfants » - avec d'autres paroles, qui refléteront clairement les valeurs de la révolution des Droits de l'Homme, comme des français d'aujourd'hui : paix, Liberté, Égalité, Fraternité, justice, laïcité...
A l'image de la pyramide qui embellit le Louvre, ce texte ne modifiera pas mais embellira notre hymne national, car il en montrera clairement le sens : au-delà de la guerre, un combat pour les valeurs de la patrie des Droits de l'Homme.
Ayant un objectif éducatif, il sera d'abord un nouvel "hymne pour les enfants", et à ce titre, pourra être appris à l'école, en même temps que le texte de Rouget de Lisle.
Symbole de notre unité autant que de notre diversité, cet ajout sera un exercice de démocratie pour le peuple français : il montrera à tous que nous sommes capables de ne pas rester sur une position idéologique parfois virulente, mais d'écouter sereinement un avis opposé, pour les uns de faire une place à une minorité importante, pour les autres d'accepter la loi de la majorité.
Car si les paroles actuelles resteront chantées dans les stades tant que la majorité le souhaitera, une majorité des 2/3 pourrait décider d'y utiliser le nouveau texte si – ce qui parait néanmoins peu probable – les français un jour le préféraient. Les paroles actuelles continueraient alors à être chantées dans les commémorations historiques.
Lors de deux concours lancés en 1990 pour modifier puis en 2002 pour compléter la Marseillaise, quatre cent versions ont déjà été recueillies. En voici deux, l'une par Graeme ALLWRIGHT et Sylvie DIEN, l'autre par un enseignant et six collégiens :
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Pour tous les enfants de la terre
REF : La flamme qui nous éclaire, (à écouter sur http://www.mga.asso.fr/) |
Allons enfants de la patrie,
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Aujourd'hui, nous demandons :
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au gouvernement français de continuer ce concours et d'ajouter la meilleure version au texte officiel,
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à toute personnalité, média... de nous apporter son soutien (contact)
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à toute personne de nous rejoindre avec ses amis sur facebook ou d'envoyer un mail à son député.
Collectif « Ajoutons des paroles à la Marseillaise »
http://paroles.marseillaise.over-blog.com
* Les personnalités suivantes ont souhaité que l'on modifie ou complète la Marseillaise :
l'Abbé PIERRE, Graeme ALLWRIGHT, Charles AZNAVOUR, Eve BARRE, Pierre BERGE, André BETTENCOURT, Marie-Christine BLANDIN, Alima BOUMEDIENNE-THIERRY, Christine BOUTIN, José BOVE, Jacques de BOURBON-BUSSET, Général Georges BUIS, Père CEYRAC, Général Jean-Loup CHRETIEN, Bernard CLAVEL, Jacqueline COSTA-LASCOUX, Jean DESESSARD, Harlem DESIR, Pierre DESPROGES, Yves DUTEIL, Sœur EMMANUELLE, Claude ESTIER, Roger FAUROUX, Geneviève de FONTENAY, Professeur René FRYDMAN, Guy GILBERT, Martin GRAY, Benoîte GROULT, Philippe GUILHAUME, Paul GUTH, Marek HALTER, Gérard HOLTZ, Robert HOSSEIN, Victor HUGO, Dominique JAMET, Jean JAURES, Geneviève JURGENSEN, Alphonse de LAMARTINE, Dominique LAPIERRE, Bernard LAVILLIERS, Claude LEMESLE, Mgr LUSTIGER, Pasteur Jacques MAURY, Danielle MITTERRAND, Bernard MOITESSIER, Théodore MONOD, Yannick NOAH, Professeur Claude OLIVENSTEIN, Jacques PELISSARD, Jean-Marie PETITCLERC, Michel PLATINI, Patrick POIVRE D'ARVOR, Hubert REEVES, Alain REFALO, Mgr ROZIER, Jacques SALZER, Jacques SEGUELA, Michel SERRES, Bernard STASI, Eric TABARLY, Bernard TAPIE, Christiane TAUBIRA, Haroun TAZIEFF, Jean-Claude TCHIKAYA, Henri TISOT, Gilbert TRIGANO, André VALLINI, Paul-Emile VICTOR, Dominique VOYNET, Antoine WAECHTER... ainsi que : le Journal des enfants, la Ligue de l'Enseignement 94, le Monde des ados, les éditions Thierry Magnier.
Quelques avis de personnalités (avant cette proposition)
- pour une modification des paroles :
Abbé PIERRE, « Je ne la chante pas depuis que j'ai pris conscience de cette introduction dans les esprits d'une notion raciste, je ne peux absolument plus... Nous ne pouvons pas entretenir le culte de la pureté du sang après avoir vécu ce que nous avons vécu en France. Cette idée que nous pourrions avoir un sang pur et que celui des autres serait impur est tout à fait inacceptable. C'est du racisme. On nous fait chanter et célébrer du racisme. »
Pierre BERGE, « Dans mon enfance, mes parents m’interdisaient de chanter la
Marseillaise. Ils trouvaient les paroles scandaleuses. J’ai toujours partagé ce point de vue et je n’ai jamais pu me résoudre à les prononcer. »
Dounia BOUZAR, « Les jeunes disent que d'ailleurs ils seront considérés comme des citoyens comme les autres quand ils pourront justement revendiquer le changement de ces paroles. »
Bernard CLAVEL, « Si l'on se donne la peine de lire le texte complet de la Marseillaise, on a peine à en croire ses yeux. »
Valéry GISCARD D'ESTAING : "Les paroles sont d'un ridicule ! Nicolas Sarkozy et Angela Merkel sont sous l'Arc de triomphe, et on est en train d'abreuver nos sillons d'un sang impur!"
Jean JAURES, «"Qu'un sang impur abreuve nos sillons !", l'expression est atroce... dès que les partis commencent à dire que le sang est impur qui coule dans les veines de leurs adversaires, ils se mettent à le répandre à flots et les révolutions deviennent des boucheries. Mais de quel droit la Révolution flétrissait-elle de ce mot avilissant et barbare tous les peuples, tous les hommes qui combattaient contre elle ? »
Bernard-Henry LEVY, "Je trouve que La Marseillaise... est un chant détestable et grotesque."
Jeannie LONGO, " Je connais très mal les paroles de la Marseillaise. Elles me semblent
toutefois trop violentes et guerrières. Je souhaiterais qu'elles reflètent davantage le sens de l'honneur, la fierté dans la grandeur de l'action pour la patrie. C'est ce que je ressens sur le
podium. "
Théodore MONOD, « la France pacifique, lumière des nations... n'a pas de chant plus officiel et plus sacré qu'un appel
aux armes, aggravé d'un refrain sanguinaire et raciste...
On admettrait, en le déplorant, qu'un Etat raciste ait la triste franchise de réciter son credo, mais voir un pays se disant foncièrement pacifique contraindre d'innocents bambins à chanter...
un appel au meurtre, cela passe l'imagination. »
Michel PLATINI, « Pour moi, un match de foot, c’est un jeu et pas la guerre. “Aux armes, citoyens!” : je n’arrivais pas à chanter ces paroles avant une rencontre. »
Alain REFALO, "je suggère que nous rendions un grand service à la Nation en proposant aux élèves de réécrire
certaines paroles de l’hymne national pour en faire véritablement un hymne à la fraternité. Car dans ce monde malade de la violence, c’est bien de fraternité dont nous avons besoin."
Jean ROUAUD, « ...ce refrain pompier aux paroles dignes d'Al-Qaida ("qu'un sang impur abreuve nos sillons") »
Michel SERRES, « Ces paroles ignobles de la Marseillaise où on parle du sang impur des ennemis, qui est un mot d'un racisme tel qu'on devrait avoir honte de l'enseigner aux enfants... j'aurais
honte de l'enseigner à mes étudiants, ils ont tous un sang pur et l'impureté du sang est quelque chose qui me fait horreur. »
Bernard STASI, « L'hymne national d'un pays comme la France doit exprimer des sentiments de fraternité universelle et ne doit pas être porteur d'un discours nationaliste, belliqueux et xénophobe,
comme celui qui s'exprime à travers les couplets d'origine. "
Dominique VOYNET, "Puisque les paroles de la Marseillaise ont déjà été retouchées pour des raisons particulières, pourquoi ne pas supprimer aujourd'hui quelques éléments qui sont compris quand on
les replace dans leur contexte, mais qui, hors de celui-ci, ont, à mon sens, une résonance étrange ?... Renonçons donc à l'enseignement de ces termes criminogènes de « sang
impur »."
- contre une modification des paroles :
Jacques
CHABAN-DELMAS, « Ayant été élevé dans la vénération de la France, la Marseillaise est pour moi un chant émouvant, entraînant et infiniment précieux.
Heureusement qu'il n'est pas question de changer la musique ; et je ne pense pas qu'il soit absolument nécessaire d'adapter les paroles à notre époque : le présent s'explique par le passé, et
c'est le présent qui doit éclairer l'avenir »
Marcel GAUCHET, « On ne réécrit pas l'histoire. On peut juger déphasé par rapport à nos
sensibilités actuelles ce vers mais notre effort intellectuel doit être de le replacer dans son contexte, de comprendre le sens qu'il pouvait avoir pour nos devanciers vis-à-vis duquel nous
pouvons nous retrouver avec respect sans du tout partager les idées qui sont derrière ce vers malheureux. »
François LEOTARD,
« Je ne souhaite pas que l'on change la moindre formule, fusse une virgule, à notre hymne. Pour moi, la Marseillaise est une sorte de monument historique.
Il ne me déplaît pas, par ailleurs, que ce chant, dans ses vers abrupts, nous rappelle combien la frontière est fragile entre la recherche de la liberté et le basculement dans la violence. La
révolution est un bloc ; elle a été violence et elle a été liberté. »
Bernard PONS, « (le changement de paroles) ne saurait être envisagée concernant l'hymne national de la France. Ce chant, que nous avons hérité d'une grande période de notre histoire, constitue en effet à mes yeux un témoignage inaltérable de l'attachement de nos compatriotes à leur patrie et de l'adhésion de tous à une haute idée de l'identité nationale. »
Philippe SEGUIN,
« C'est sur ces paroles que nos ancêtres ont exalté et défendu la liberté. Elles gardent donc à mes oreilles une signification qui vaut par le rappel implicite de leur contexte.
En chantant et en disant : " Aux armes, citoyens ", je n'appelle évidemment personne à prendre les armes. Je célèbre plutôt un culte à des principes et à leurs défenseurs en prononçant des
paroles qui ont une valeur quasi sacramentelle. »
Simone VEIL,
« Je me sens tout a fait incapable d'exprimer un point de vue objectif sur notre hymne national. Il fait partie de ma mémoire et ma culture. Les paroles et la musique n'ont, en fait, guère
d'importance pour moi ; seules comptent, lorsque j'écoute la Marseillaise ou que je la chante avec d'autres, toutes les références aux occasions dans lesquelles je l'ai entendue ou chantée dans
le passé, depuis mon plus jeune âge. C'est pourquoi je n'imagine pas de la modifier, même si les paroles ne correspondent plus à la situation présente et peuvent même paraître à certains
malencontreuses. "
(voir ces avis plus complets et ceux d'autres personnalités sur la page avis de
personnalités)